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La
Gazette du Maroc
Du 03 au 09 décembre 2001
N° : 240
Rubrique : Enquête
L’Internet
est le seul catalyseur vers l’aventure numérique des entreprises
Vendre
via Internet nécessite un circuit complet de vente à distance
organisé avec à la clé le dispositif numérique sécuritaire et
tout le taillis de services complémentaire à mettre sur pied pour
appâter une clientèle éventuelle. Azdine EL Mountassir, le directeur
de Maroc Telecommerce, premier opérateur du commerce électronique
en sait quelque chose.
Il est vrai que le Maroc compte une décennie de retard, mais depuis
quelques temps, beaucoup d’efforts sont fournis par les instances
concernées afin de rattraper les années perdues.
Quant au e-commerce, il est encore au stade du balbutiement. La
création du premier opérateur de commerce électronique Maroc Telecommerce
au capital de 20 millions de dirhams, par le Groupe Banque Populaire,
la BMCI, le CDM, la SGMB et la société Intelcom, représente le
premier pas vers le développement de cette pratique.
La mission de cette entité est de mettre à la disposition des
entreprises une infrastructure leur permettant de vendre leurs
produits et services sur Internet aussi bien au Maroc que dans
le monde entier.
Des
cartes prépayées pour le e-commerce
Dans l’absolu, il ne s’agit pas d’avoir un site Internet pour
prétendre au marché mondial qui s’ouvre à travers le net (voir
encadré), c’est tout un processus d’évolution que devront suivre
les entreprises nationales pour être capables de gérer l’ensemble
des contraintes que pose ce challenge.
Pour revenir à Maroc Telecommerce, jusqu’à présent, une dizaine
d’entreprises ont adhéré à son système, mais pour la plupart,
leurs projets sont encore en chantier. Parmi eux, celui du journal
l’Economiste qui prévoit de rendre l’accès à ses archives payant.
Pour les moyens de paiement, les lecteurs agréeront que le système
monétique n’est pas encore développé sur le territoire national,
ajouté à cela l’utilisation de ces cartes dans des cybercafés
qui ne présente aucune sécurité. C’est pour pallier ce déficit
qu’à partir de l’an prochain, les guichets bancaires présenteront
des cartes pré-payées, de montants variables et serviront de moyens
de paiement sur le net.
La Gazette du Maroc : où en est le Maroc en matière de branchement
à l’Internet. Le nombre de personnes en connexion dans l’état
actuel des choses permet-il le développement du e-commerce ?
Azedine El Mountassir : il est un fait que le coût d’accès
n’est pas encore à la portée de main surtout si l’on prend en
ligne de mire les directives du gouvernement qui ambitionne d’atteindre
3 à 4 millions d’internautes à l’horizon 2005. Maintenant, il
y a moyen de tirer profit de l’atout numérique même si l’Internet
n’est pas dans tous les foyers. Du moins peut-on envisager de
le rendre accessible à la faveur de ce que nous appelons dans
notre équipe « la fontaine Internet » ou le poste Internet partagé.
Il s’agit de développer des activités à valeur ajoutée autour
du kiosque Internet. Du reste, je ne penche pas en faveur de cette
vision qui veut que tant que nous n’avons pas 5 millions d’internautes,
tout effort à consentir est peine perdue. Je pense qu’on peut
déjà faire beaucoup de choses avec le peu de connexions que nous
avons. Je signale aussi que les points d’achoppement concernent
plus le contenu (information consultable en ligne mais payante,
procédures administratives possibles en ligne, informations ou
produits et services vendables en ligne) que l’accès. De sorte
que même si tous les foyers en sont dotés toute la question de
sa rentabilisation reste entière. Notre métier à Maroc Telecommerce
est de permettre à tout un chacun, qui a un contenu à vendre via
Internet, de disposer d’une plate-forme sécurisée et de vendre
on line avec à la clé un modèle d’opérateur qui consiste pour
le client à payer un abonnement plus une commission variable sur
les transactions.
Quel bilan faites-vous de vos activités depuis la création
de Maroc Telecommerce ?
Il est trop tôt de pour dresser un bilan. Du reste nous avons
lancé plusieurs chantiers qui touchent plusieurs secteurs : artisanat,
prestation touristique, journaux qui souhaitent vendre de l’abonnement
en ligne ou l’accès aux archives. Nous avons lancé une trentaine
de sites commerçants divers et variés et nous travaillons sur
un certain nombre de projets d’administration en ligne.
Pensez-vous que les entreprises marocaines sont prêtes à tirer
profit de l’atout numérique ?
Je dirais oui, il n’y a pas de raison que les entreprises ne tirent
pas profit de l’atout numérique dans leurs transactions. Il est,
bien entendu, un fait que nous avons pris beaucoup de retard en
matière d’informatisation de notre tissu économique. Les PME qui
l’apprennent à leurs dépens restent littéralement à la traîne.
Maintenant, il y a un grand donneur d’ordre, un acteur majeur
qui peut aider ces entreprises à surmonter les obstacles à la
mise en route d’autres applications de l’Internet : comme l’insuffisance
des infrastructures de télécommunication, le manque de formation
informatique, la méconnaissance du potentiel offert et les carences
de la réglementation. Il ne faut pas oublier que l’adoption de
l’Internet par l’administration publique est seule à même de lancer
l’entreprise dans l’aventure numérique. Sous d’autres cieux par
exemple les sites gouvernementaux permettent certaines transactions
officielles comme le paiement, la création ou le transfert de
droits juridiques (par exemple dépôt d’une déclaration d’impôt,
renouvellement d’un permis de construire ou demande de prestation
de sécurité sociale). Et si dans la même veine l’entreprise procède
demain à sa déclaration de TVA, sa cotisation à la CNSS, le dépôt
de son bilan à partir d’Internet, il est clair qu’elle va mettre
la main à la pâte et se mettre à vendre ses produits en ligne.
Donc, l’Etat a un rôle à jouer en tant que catalyseur et acteur
majeur de l‘essaimage. Notre prétention à Maroc Telecommerce n’est
pas de convertir tout le tissu économique marocain à vendre en
ligne. Nous ciblons certains créneaux sans plus.
Votre équipe s’est penchée sur un projet pilote pour la réalisation
et la gestion d’un système pour le commerce électronique au profit
des coopératives marocaines opérant dans les secteurs de l’artisanat
et de l’agriculture. Qu’en est-il de ce projet ?
Nous sommes retenus comme opérateur du commerce électronique dans
le cadre de ce projet mais nous ne le gérons pas. C’est une question
qui relève de la compétence du ministère qui a en charge la gestion
de ce projet. Mais nous avons constaté des problèmes d’organisation.
Nous avons suggéré un schéma pour regrouper toutes ces coopératives
en un seul site.
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